L'Art dramatique dans la première moitié
du XIXe siècle
 
 
 
 
Dans la première moitié du XIXe siècle, le goût du public se tourne plus volontiers vers la scène que vers le concert, et il se produit en Europe un renouveau de l’italianisme. En Allemagne, Weber luttant contre cette tendance crée avec le Freyschütz un opéra romantique national, mais Berlioz, qui d’ailleurs se plie mal aux contraintes du théâtre lyrique, meurt incompris, tandis que le public, dédaignant puissance et vérité dramatique applaudit la virtuosité vocale et la facilité.
 

École italienne

L’art dramatique italien, en décadence à la fin du XVIIIe siècle, après que CIMAROSA (1749-1801), auteur du Mariage Secret, PAESIELLO (1740-1816), très apprécié par Napoléon et SALIERI (1750-1825), l’un des maîtres de Beethoven, de Schubert et de Liszt, eurent donné leurs principales œuvres, voit son rayonnement s’affirmer à nouveau avec Rossini.

GIOACCHINO ROSSINI, né à Pesaro en 1792, montre dès son plus jeune âge des signes évidents de sa vocation musicale. Il prend des leçons de piano, chante à l’église, et écrit son premier opéra à quatorze ans. Son intuition et une incomparable facilité lui permettent d’accumuler les partitions. Tancrède, tragédie musicale, L’Italienne à Alger (l8l3), et Le Barbier de Séville improvisé en treize jours et représenté à Rome- en l8l6, consacrent définitivement sa réputation. A Naples, nouveau succès avec Otello (l816). Puis il fait jouer La Pie Voleuse (l8l7), Morse (l8l8), rencontre Beethoven à Vienne, écrit Sémi-ramis (l823). Attiré par Paris, il s’y fixe en l824, dirige le Théâtre-Italien, et devient intendant général de la musique royale. Son opéra Guillaume Tell (l829), écrit en français, marque la fin de sa carrière dramatique. Seul un Stabat Mater (l832), rompt le silence inexplicable dans lequel il s’enferme. Il meurt près de Paris en 1868.
Son étonnante facilité mélodique, son style brillant, son dynamisme exercent encore un réel attrait, malgré son indifférence presque totale pour 1es recherches harmoniques et son peu de souci de la vérité dramatique.

SPONTINI (1774-1851), élève de Piccini, commence sa carrière dramatique en Italie, et la poursuit à Paris à partir de l803. Directeur de la musique de l’impératrice Joséphine, il connaît le succès avec La Vestale (l807), Fernand Cortez (l809). En l820, il devient directeur de la musique à la cour du roi de Prusse pour une dizaine d’années, puis il se retire dans son pays natal.
 
PAËR (1771-1839), musicien fécond dont le style s’apparente à celui de Cimarosa et de Paesiello, n’a écrit qu’un seul opéra-comique français, Le Maître de Chapelle (1821). Il dirige l’orchestre du Théâtre-Italien à Paris, pendant quelques années.  BELLINI (1801-1835) fait applaudir Le Pirate (1827), puis La Somnambule (1831). La même année, La Norma créée à Milan par 1’incomparable cantatrice Maria Malibran, obtient un succès retentissant.  Fixé à Paris en 1833, il donne son dernier opéra, Les Puritains (1835). Musicien sensible, doué pour la mélodie, mais assez superficiel et sans grande technique harmonique, Bellini conquiert de son vivant une grande célébrité.
Sans la mort de Bellini et le silence de Rossini, DONIZETTI (1797-1848) n’aurait pu prendre la tête du mouvement musical italien. Sa stupéfiante facilité lui permet d’écrire plusieurs opéras par an. En 1835, il donne son œuvre la meilleure, Lucie de Lammermoor. De Paris où il s’installe en 1839, datent La Fille du Régiment , La Favorite (1840) et Don Pasquale ( 1843). Perdant peu à peu la raison, il meurt à Bergame, sa ville natale, le 8 avril 1848, laissant environ soixante-dix ouvrages dramatiques.  Avec cette série de musiciens peu profonds, mais doués pour le théâtre, ayant le souci de la beauté vocale et 1ui accordant une importance primordiale, prend fin l’époque romantique italienne.
 

École française

Malgré l’effervescence qui se manifeste en France sur la scène lyrique, la première moitié du XIXe siècle reste une époque secondaire quant à l’originalité de la production.
Hérold, Adam, Auber et Halévy obtiennent après Boieldieu, de grands succès à l’Opéra-Comique et à l’Opéra.
Parallèlement, les étrangers implantés en France suscitent aussi un grand engouement .
 

Contemporains et successeurs de Boieldieu

LOUIS-FERDINAND HÉROLD (1791-1833), élève de Méhul au Conservatoire, grand prix de Rome en 1817, possède une évidente personnalité. Doué d’un vif instinct de la scène, il abandonne la musique instrumentale pour se consacrer au théâtre. Ses deux dernières œuvres Zampa (1831) et Le Préaux-Clercs (1832), montrent une certaine originalité et une vigueur expressive qui font défaut à ses contemporains. A juste raison il a été considéré comme une sorte de «Weber français ».
ADOLPHE ADAM  (1803-1856) doit sa formation musicale à Boieldieu. Remarquable improvisateur, il abuse de sa prodigieuse facilité, et l’opéra-comique perd avec lui toute valeur artistique. Quelques-uns de ses cinquante-trois ouvrages lyriques gardent encore leur popularité : Le Chalet (1834), Le postillon de Longjumeau (1836), Si j’étais roi (1852), La Poupée de Nuremberg (1852).
DANIEL-FRANÇOIS-ESPRIT AUBER (1782-1871), élève de Cherubini, possède un don mélodique peu commun et ne connaît guère que des succès. Il a de l’esprit, du charme, de l’élégance, du brillant, une grande habileté théâtrale, mais aucune profondeur.  De son abondante production dramatique se détachent La Muette de Portici (1828), opéra en cinq actes, Fra Diavolo (1835), Le Domino Noir (1837), Les Diamants de la Couronne (1841), Manon Lescaut (1856).
 

L’opéra historique

Le romantisme, introduit dans l’opéra par Meyer-beer dont la carrière se partage entre l’ Allemagne, l’Italie et la France, se manifeste surtout par la recherche d’effets d’un goût douteux.

GIACOMO MEYERBEER (l79l - l864) - de son véritable nom Beer -, fils d’un riche banquier berlinois, prend des leçons avec Clementi pour le piano, avec Vogler pour la composition. Ses opéras allemands n’obtenant guère de succès, il s’installe à Venise (1815), sur les conseils de Salieri. Assimilant avec facilité le style mis à la mode par Rossini, il compose six opéras italiens. Les reproches de son ami Weber le ramènent dans son pays natal. Mais en 1826, il s’établit à Paris, ou, avec sa souplesse habituelle et son extraordinaire facilité d’assimilation il s’adapte aux exigences de la scène française. Créateur de l’opéra historique, succédant à la tragédie lyrique, avec Robert le Diable (1831) et Les Huguenots (1836) qui enthousiasment le public, Meyerbeer écrit encore Le Prophète ( 1849). Durant la dernière partie de sa vie, il succède à Spontini comme directeur de la musique du roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, et aborde l’opéra-comique avec L’Étoile du Nord (1854) et Le Pardon de Ploermel (1859). Son dernier opéra L’Africaine, sur un livret de Scribe, représenté après sa mort, connaît une éclatante réussite.
Maître dans l’art d’amalgamer les genres et d’assimiler les styles, Meyerbeer a le sens de 1’intérêt dramatique, de la déclamation et du coloris orchestral.  Artiste assez superficiel, dont le style boursouflé et vulgaire masque fréquemment une absence de pensée, il joua un rôle assez actif de son vivant quant à l’évolution du théâtre lyrique. Mais les générations suivantes ont rapidement décelé le côté factice et vide de cette musique.
FROMENTAL HALEVY (l799- 1862), produit avec La Juive (1835), célèbre opéra historique sur un livret assez conventionnel de Scribe, sa plus grande réussite. Par le choix des sujets, par l’emploi des formules au succès éprouvé, par la recherche d’effets extérieurs, il s’apparente nettement à Meyerbeer.  Illustre en son temps, Halévy accède rapidement aux plus hautes fonctions musicales.