Pour les compositeurs du XVIe siècle, l’art profane, puisant
aux sources non religieuses, semble avoir autant d’attrait que la musique
chrétienne issue de l’Ars Nova, si l’on en juge par le nombre impressionnant
de recueils de chansons polyphoniques en langue française à
quatre parties, publiés à cette époque grâce
à la toute récente découverte de l’imprimerie musicale.
Certes, la chanson existait déjà avant le XVIe siècle,
mais d’écriture compliquée. Le XVIe siècle, tout en
utilisant les ressources du contrepoint, l’allège et lui apporte
spontanéité, vivacité et rythme, qualités de
la chanson populaire à laquelle, d’ailleurs, elle emprunte parfois
ses thèmes. Elle devient alors l’équivalent vocal de ce qu’on
appellera plus tard la musique de chambre (trio, quatuor, quintette). Rien
ne limite le choix des sujets et des formes. Cette souplesse et cette liberté
justifient sans doute la magnifique floraison de compositeurs qui la pratiquent,
et parmi lesquels il faut retenir les noms de Claudin de Sermisy, Clément
Jannequin, Passereau et Certon. CLAUDIN DE SERMISY (1490-1562), chantre
de la chapelle de Louis XII, suit François Ier en Italie, voyage
en Angleterre et devient maître de chapelle de la cour. A côté
d’œuvres religieuses (messes, motets), il écrit de très nombreuses
chansons, simples mais expressives.
La vie de CLÉMENT JANNEQUIN, illustre en son temps et glorifié
par les poètes, est incomplètement connue. Mais ses compositions
nous restent très importantes, quant au nombre et à la diversité.
Son extrême sûreté rythmique, son sens du pittoresque
en font le créateur de la musique descriptive. Avec lui, la chanson
atteint de vastes proportions, et s’enrichit d’une harmonie brillante et
colorée. Sa Bataille de Marignan se présente comme
une vaste fresque vocale où se distinguent avec une étonnante
vérité les bruits de la mêlée. Le Siège
de Metz, la Prise de Boulogne montrent les mêmes qualités.
Au genre humoristique appartiennent les Cris de Paris, le Caquet des Femmes.
Dans les tableaux de nature, nouveaux en musique, prennent place plusieurs
Chasses et le célèbre Chant des Oiseaux, plein de poésie.
Le succès de ces chansons à programme s’étend bientôt
à toute l’Europe. L’influence de Jannequin, très grande sur
ses contemporains, s’exerce également sur les madrigalistes italiens.
Musique mesurée à l’antique
En 1571, le poète Jean-Antoine de Baïf fonde, avec l’appui
du roi artiste Charles IX, une Académie de Musique et de Poésie,
fréquentée par des poètes de la Pléiade comme
Ronsard, Jodelle, des musiciens (Claude le Jeune, Du Caurroy, Mauduit),
des humanistes, des savants, des instrumentistes, des chorégraphes.
Cette élite intellectuelle, hantée par l’Antiquité,
souhaite vivement unir poésie et musique à la manière
des Grecs et des Latins. Baïf écrit des vers scandés
à l’antique, et les compositeurs de son Académie, supprimant
la barre de mesure et négligeant les règles traditionnelles,
les parent de transparentes harmonies suscitées uniquement par le
rythme du texte. Le calviniste CLAUDE LE JEUNE (1528-1600) - rival de Roland
de Lassus qui cultive comme lui tous les genres avec bonheur - use d’un
style élégant et d’une grande virtuosité dans ses
chansons mesurées à l’antique. Son contemporain, EUSTACHE
DU CAURROY ( 1549- 1609) a laissé des œuvres d’un charme prenant.
JACQUES MAUDUIT (1557-1627), ami de Ronsard, montre une adresse d’écriture
et une fraîcheur de style, l’apparentant au séduisant COSTELEY
(1531-1606) qui, malgré sa production assez restreinte et son attachement
à l’harmonie traditionnelle, reste un des meilleurs représentants
de l’art français au XVIe siècle. Cet intéressant
retour à l’antique - peut-être entaché d’une certaine
monotonie, mais indiscutablement original - n’a malheureusement pas de
suite, et l’Académie de Musique et de Poésie ne tarde pas
à disparaître .
Le Madrigal
Vers 1530, en Italie, naît un genre très voisin de la
chanson française : le Madrigal qui fait suite à la Frottola.
En réaction contre les habitudes médiévales, cette
courte pièce de forme libre, très différent des œuvres
antérieures de même nom, cherche seulement à traduire
1e plus exactement possible les intentions du texte. Cette pièce
à quatre parties, d’abord vocales, s’exécute bientôt
par une seule voix accompagnée d’instruments, première esquisse
de la mélodie accompagnée. Tous les compositeurs s’essaient
alors à cette forme, mais la puissance d’expression et la richesse
du style placent MONTEVERDI bien au-dessus
de ses contemporains. Le madrigal - italien, au rayonnement presque
aussi grand que la chanson française, séduit tous les musiciens,
et va enrichir de nombreux éléments l’art classique des XVIIe
et XVIIIe siècles.