Les Anciens et les premiers chrétiens n’ont connu que l’homophonie,
et pratiqué seulement les ensembles à l’unisson ou à
l’octave. Aux artistes du Moyen Age - de la fin de l’époque carolingienne
- revient l’honneur d’avoir réalisé la polyphonie
ou chant à plusieurs parties, révolution considérable
qui va bouleverser et enrichir toute la pratique de l’art musical.
Sous le nom d’organum ou diaphonie, se dessinent au IXe
siècle les premières tentatives d’association de deux parties
distinctes, vocales ou instrumentales : suite de quartes ou de quintes
parallèles, assez barbares à entendre. Pénétrés
de la doctrine gréco-latine, les théoriciens n’admettent
ni les tierces, ni les sixtes.
Cette forme initiale se perfectionne vers le XIIe siècle : par
mouvement contraire, une mélodie, d’abord improvisée, se
place note contre note, sur la mélodie principale, généralement
formée d’un fragment liturgique, et prend le nom de déchant.
En Angleterre existent à la même époque deux formes
polyphoniques : le gymel et le faux-bourdon.
Le XIIIe siècle apporte également une transformation
totale dans la notation où les figures de durée apparaissent,
donnant naissance à la musique proportionnelle ou mesurée.
Elles revêtent l’aspect suivant :
A la fin du XIIe siècle, et au début du XIIIe. sous le
règne de Philippe-Auguste, Paris devient, après Limoges,
un centre intellectuel au rayonnement intense, où s’élaborent
les bases de la polyphonie.
Deux noms de compositeurs dominent cette période : Léonin
et Pérotin le Grand, tous deux maîtres de chapelle
à Notre-Dame, qui enrichissent sensiblement le répertoire
liturgique de leur église. Pérotin perfectionne à
l’extrême tous les genres en usage à l’époque : l’organum
à vocalises à trois et même quatre voix, le conduit,
composition libre sans thème imposé, dont toutes les voix
suivent le même rythme, le rondeau, ancêtre du canon,
le motet, ensemble vocal édifié sur une mélodie
liturgique, mals dont les paroles parfois profanes différeront bientôt
à chaque partie.
L’Ars Nova
(XIVe siècle)
Dès les premières années du XIVe siècle,
un renouvellement du langage musical se dessine ainsi qu’en fait foi la
bulle du pape Jean XXII, datée de 1322. « Certains disciples
d’une nouvelle école, mettant toute leur attention à mesurer
les temps, s’appliquent par des notes nouvelles, à exprimer des
airs qui ne sont qu’à eux... Ils coupent les mélodies, les
efféminent par le déchant, les fourrent quelquefois de triples
et de motets vulgaires, en sorte qu’ils vont souvent jusqu’à dédaigner
les principes fondamentaux de l’Antiphonaire et du Graduel, ignorant le
fonds même sur lequel ils bâtissent, ne discernant pas les
tons, les confondant même, faute de les connaître...
Ils courent et ne font jamais de repos, enivrent les oreilles, et ne guérissent
point les âmes ».
Cette émancipation de l’écriture musicale qui prend le
nom d’Ars Nova, est surtout l’œuvre de Philippe
de Vitry et de Guillaume de Machaut.
En Italie, vers 1330, l’Ars Nova qui aura bientôt un caractère
original prend naissance et se développe particulièrement
à Florence. Les grands poètes :
Pétrarque, Boccace s’enthousiasment. Les compositeurs très
nombreux imitent l’art français, mais ils créent aussi trois
genres nouveaux : le Madrigal, d’abord chanson de pâtre qui
va ensuite se hausser jusqu’aux plus graves sujets avec un rare bonheur,
la Chasse (caccia) de caractère descriptif, souvent en canon,
et la Ballade.
Ainsi, Guillaume de Machaut occupe une place de premier plan dans l’évolution
de la musique au XIVe siècle, et prépare la voie à
cet épanouissement de la polyphonie connu sous le nom d’école
franco-flamande.
L’école franco-flamande
(XVe siècle)
Au XVe siècle, après le traité de Troyes ( 1420),
l’école française de l’Ile-de-France et de la Champagne perd
sa royauté au bénéfice des Flandres qui englobent
à cette époque la Belgique, la Hollande et le Nord de la
France, domaine des ducs de Bourgogne.
De nombreuses maîtrises, de florissants groupements portent,
depuis de longues années, la musique chorale à un degré
de perfection comparable à celui de la peinture. Dans ces régions
très riches, au commerce prospère, les grandes villes belges
et néerlandaises donnent d’éblouissantes fêtes religieuses
et mondaines où la musique joue un grand rôle.
Les cours princières, notamment celles de Philippe le B on et
Charles le Téméraire, son fils, ducs de Bourgogne, dont le
goût très vif pour les arts est célèbre, recrutent
avec le plus grand soin leurs musiciens et se disputent les chanteurs-compositeurs
en renom. Parmi eux, Gilles Binchois s’illustre particulièrement
dans le domaine de la chanson monodique ou polyphonique.
Caractères de cette école
Les maîtres franco-flamands ont poussé à l’extrême
le développement de la polyphonie et l’épanouissement du
contrepoint, c’est-à-dire la superposition de plusieurs voix,
ou mieux de plusieurs mélodies.
Certes, des excès se manifestent dans l’emploi du canon,
dans la multiplicité du nombre des voix, ce qui n’augmente en rien
l’expression artistique.
Mais, à côté de ces exceptions, existe beaucoup
de bonne musique, et les polyphonistes du XVe siècle exercent une
influence particulièrement vivifiante sur le développement
ultérieur de cet art.
Les compositeurs
Par Dunstable en particulier, l’influence anglaise revivifie l’Ars
Nova. Trois musiciens illustrent les savantes recherches d’écriture
de l’école franco-flamande : Guillaume
Dufay, Jean Ockeghem, Josquin
des Prés.
Les instruments
Par les documents littéraires, l’iconographie (chapiteaux, bas-reliefs, vitraux), les tableaux et les miniatures des manuscrits, nous connaissons assez bien les instruments en usage au Moyen Age. Ils ne se différencient guère de ceux de l’antiquité gréco-romaine, du moins jusqu’au XIe siècle.
Instruments à cordes
L’usage des instruments à cordes se développe surtout
à partir du IXe siècle. La harpe, très souvent citée,
est employée par les jongleurs et les jeunes seigneurs. Le psaltérion,
voisin de la harpe, et qui se pose sur les genoux, existait avant l’ère
chrétienne. Combiné au tympanon, instrument à cordes
frappées, il donnera naissance à notre piano. Le luth,
d’ origine arabe, mentionné dans le Roman de la Rose, devient à
la mode au XVe siècle. La vielle,
très répandue dès le règne de Charlemagne,
et dont la forme a beaucoup varié, prend le nom de viole
au XVe siècle.
Instruments à vent
La flûte à bec, la flûte
traversière, la flûte de
Pan, le chalumeau, le cor appelé
aussi olifant, la trompette, trompe
ou buisine, le cornet, le hautbois
continuent à être utilisés.
Instruments à percussion
Tambours, timbales (d’origine orientale),
castagnettes, cymbales,
cloches, clochettes, carillons marquent
le rythme.
L’orgue
L’orgue sous ses différents
types est l’instrument spécifique du Moyen Age. Déjà
connu dans l’empire romain sous le nom d’hydraulis, il se perfectionne
peu à peu, et dès le IXe siècle, il s’emploie aussi
bien à l’église que dans les fêtes mondaines où
l’on se sert d’orgues portatifs.
Cependant la musique purement instrumentale n’existe guère avant
le XVIe siècle. Nous connaissons seulement des pièces de
danses (Estampies et Danses Royales) datant de la fin du XIIIe siècle.
Souvent les œuvres vocales se jouent indifféremment sur la vielle
ou l’orgue, la harpe ou la flûte. Toutefois, certains effets de virtuosité
sont réservés exclusivement aux instruments.
Le drame liturgique
Ainsi qu’en témoignent dès la fin du IXe siècle,
les manuscrits de l’abbaye de Saint-Martial de Limoges, le théâtre
lyrique religieux est issu de la messe, drame par le fond (commémoration
du sacrifice divin) et par la forme (alternance du chant et de la parole,
dialogue de l’officiant et des fidèles). Les fêtes religieuses
donnent lieu à la concrétisation, dans l’église même,
des personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament. Cette forme dramatique
en latin - première ébauche du théâtre médiéval
- prend le nom de drame liturgique.
Du XIe au XIIIe siècle, ces représentations, s’enrichissant
d’éléments profanes et devenant de plus en plus spectaculaires,
se tiennent sur le parvis de l’église. Des laïcs y participent,
s’exprimant en langue romane, comme dans le Jeu.d’Adam et Ève,
drame semi-liturgique, considéré comme l’un des chefs-d’œuvre
du XIIe siècle.
Au XIVe et au XVe siècle, les acteurs deviennent professionnels
et appartiennent à des troupes régulières. Au drame
liturgique, succèdent les Miracles puis les Mystères,
de caractère profane plus que religieux, et où la musique,
se dissociant du texte, occupe une place assez restreinte. A la même
époque, en Italie, les Représentations sacrées,
entièrement chantées, font appel à des décors
compliqués dus aux meilleurs artistes de l’époque, Léonard
de Vinci par exemple.