Dès les premiers temps de l’ère chrétienne la musique
prend place dans les cérémonies cultuelles. Héritière
de la Synagogue, influencée elle-même par l’art grec, l’Église
continue en cela les traditions de la religion païenne gréco-romaine
et du culte israélite où le chant - particulièrement
sous sa forme chorale - joue un rôle important. Rites et textes tirés
du fonds hébraïque demeurent donc exactement semblables à
ceux des anciens Grecs ou des Juifs de Jérusalem.
Le répertoire liturgique comprend des Psaumes et des
Hymnes.
Le Psaume, pour chant seul, dont la Bible fournit le texte,
est primitivement confié à un chantre ( solo psalmodique).
Plus tard, le choeur des fidèles intervient, répondant périodiquement
au soliste dans une sorte de refrain. Ces Psaumes avec Répons,
maintes fois transformés. subsistent encore de nos jours et forment
ce que l’on nomme le Chant Responsorial. Enfin, vers le IVe
siècle, deux chœurs alternés se partagent le chant du psaume.
Ce mode d’exécution prend le nom d’Antiphonie.
Par les Actes des Apôtres, par les Épîtres de saint Paul, nous savons que les fidèles chantaient également dans les églises des Hymnes et des Cantiques Spirituels à caractère populaire, œuvres des premiers chrétiens, parfois accompagnés de flûte ou même de danses, survivances des cérémonies païennes. Mais bientôt les Docteurs de l’Eglise proscrivent les instruments. Un seul texte de ces premiers chants subsiste sous le nom d’Hymne chrétienne d’Oxyrynchus (fin du IIIe siècle).
L’édit de Milan autorisant officiellement la célébration
du culte chrétien, rien ne s’oppose plus au développement
et à l’organisation du chant liturgique. Le latin remplace le grec
pour les offices, et la musique prend un caractère original qui
la différencie de l’art antique. Une floraison d’hymnes rehausse
l’éclat des cérémonies religieuses qui se déploient
dans de vastes basiliques. Saint Ambroise (340-397), évêque
de Milan, débarrasse la mélodie de ses ornements superflus.
Vers la même époque, Saint Augustin entreprend
un Traité de Musique, dont la première partie, seule rédigée,
étudie le rythme.
Chant grégorien
L’abondance d’oeuvres de valeur religieuse et musi-cale parfois discutable,
la diversité des Églises chré-tiennes primitives (syrienne,
grecque, latine, galli-cane, espagnole) oblige les pontifes romains à
une réforme sérieuse et à une codification des chants
liturgiques. Cette organisation définitive, nous la devons au pape
Grégoire le Grand qui donnera
son nom à la musique dite grégorienne, encore en usage de
nos jours.
La théorie
Nous pouvons supposer que les premiers chants des chrétiens ont
été transmis par tradition orale, bien qu’une notation alphabétique
d’origine grecque
(A = La ; B = Si ; C = Do ; D = Ré ; E = Mi ; F = Fa ;
G = Sol), encore usitée de nos jours chez les Anglo-Saxons, soit
mentionnée au VIe siècle. A l’origine, le chant grégorien
utilise les neumes, série d’accents, de points et de traits
placés au-dessus des paroles, système manquant un peu de
précision. Mais un copiste imagina de tracer une ligne rouge représentant
un son fixe, le fa. Une seconde ligne jaune, pour l’ut, y fut ajoutée.
Le théoricien Guy d’Arezzo eut l’idée d’inventer pour
le son la une troisième ligne (1026). Au XIIe siècle, l’usage
des clefs d’Ut, de Fa, de Sol se répand, et la notation se précise.
Mais on attribue à tort à Guy d’Arezzo le mérite d’avoir
donné aux notes de la gamme (ut, ré, mi, fa, sol, la) un
nom emprunté à la première syllabe de chaque vers
de l’Hymne à saint Jean.
Cet usage existait avant lui. La septième note si, ne reçut
son nom qu’au XVIe siècle.
Quatre modes principaux dits authentiques et quatre modes dérivés
des précédents et appelés plagaux, forment
un système de tonalités (les modes ecclésiastiques
ou d’église) sur lequel repose tout le chant grégorien, réservé
aux voix d’hommes.
L’uniformité du rythme et son calme, le peu d’étendue
de la mélodie, son absence de virtuosité ont valu à
la musique grégorienne le nom de plain-chant ou musique plane.
On lui a parfois reproché sa monotonie, son inexpression. Il ne
faut pas oublier que le chant, partie intégrante de la liturgie
chrétienne ne traduit pas les émotions individuelles, mais
les sentiments collectifs de la masse des fidèles. S’il sert à
implorer la divinité, et garde encore des traces du caractère
incantatoire qu’on lui attribuait à l’époque primitive, il
reste surtout une prière. Placé dans son cadre réel,
il perd son apparence d’étrangeté, et retrouve la grandeur
et la plénitude qui en font une des plus parfaites formes de musique
religieuse de tous les temps.
Musique profane
A côté de la musique ecclésiastique savante qui
représente au Moyen Age l’art religieux, existent, depuis un passé
que nous ne pouvons fixer, des chants profanes, hérités ou
imités de l’antiquité païenne gréco-romaine,
contre lesquels l’Église lutte de toutes ses forces. Et il faut
arriver au IXe siècle pour voir apparaître en assez grand
nombre des compositions non religieuses qui, à défaut d’originalité,
marquent le désir d’élargir le domaine de l’art. Ces œuvres
se présentent sous trois formes : compositions épiques ou
lyriques sur des textes de latin classique, compositions écrites
sur des poèmes épiques de l’époque, chants lyriques
célébrant le plus souvent la nature, l’histoire, l’amour,
les métiers, et colportés par les jongleurs, bateleurs, histrions
ou mimes, dont les troupes reçoivent bon accueil jusque dans les
monastères.
Troubadours et trouvères
C’est au Sud de la Loire, en Limousin semble-t-il, qu’apparaissent
les premiers spécimens de poésie lyrique en langue vulgaire
et que se développe l’art des troubadours.
Les nobles, qui ont pris l’habitude d’une vie large et fastueuse, aiment
les arts, protègent poètes et musiciens, et ne dédaignent
pas de composer eux-mêmes des chansons. Lorsqu’ils n’exécutent
pas leurs œuvres personnellement, ils les confient à des jongleurs,
musiciens ambulants appelés plus tard ménestrels.
Pendant l’hiver, les jongleurs se rendent aux écoles de ménestrandie,
sortes de conservatoires fonctionnant dans plusieurs grandes villes méridionales
où ils se perfectionnent dans le chant, le jeu de la vielle (sorte
de violon) et de la harpe, et surtout apprennent de nouvelles œuvres. Leur
répertoire comprend des chansons à personnages (chansons
d’histoire, de geste, chansons dramatiques, chansons de danses, pastourelles),
des poésies courtoises dans lesquelles le compositeur s’adresse
à sa Dame ; des chansons religieuses.
Guillaume IX d’Aquitaine est le plus ancien des troubadours connus. Au XIIe siècle appartiennent encore : Jaufré Rudel, Marcabru, Bernard de Ventadour. Après la Croisade contre les Albigeois ( 1209- 1229), les trouvères continuent, dans le Nord de la France, l’œuvre commencée au Sud de la Loire, par les troubadours.
Parmi les représentants les plus originaux de cet art populaire,
on peut citer : Thibaut de Champagne (1201-1250) qui devint roi
de Navarre. Blondel de Nesle, célèbre dès le
Moyen Age par la légende qui se forma autour de son nom après
qu’il eut retrouvé et libéré le roi-trouvère
Richard Coeur de Lion ; le ménestrel Colin Muset, de modeste
condition, dont les oeuvres reflètent une vive bonne humeur ; enfin
le plus connu d’entre eux, Adam de la Halle (1240-1287), qui fait
représenter en 1285 à la cour de Naples, une sorte de pastorale
intitulée Le Jeu de Robin et de Marion, considérée
comme une préfiguration de l’opéra-comique français.
Leur importance
Troubadours et trouvères participent en grande partie à l’établissement de la musique mesurée. Composant leurs chants sur des vers, ils doivent donner à leurs mélodies une carrure semblable à celle du texte poétique, et qui s’oppose au rythme grégorien, non mesuré.
D’autre part, ils préparent la voie à la tonalité moderne majeure, abandonnant certains modes grégoriens, introduisant des altérations, employant presque systématiquement aux fins de phrase ce qui va bientôt devenir la note sensible.
Enfin, par les voyages qu’ils effectuent sans cesse de village en village, de château en château, ils diffusent à travers le pays les œuvres qu’ils interprètent, et développent le goût de la musique.
Un grand nombre d’œuvres de ces poètes-musiciens existent encore de nos jours. Si elles nous paraissent parfois simples et naïves, on ne peut nier leur grand charme poétique, leur spontanéité, et leur vivacité rythmique. Troubadours et trouvères, créateurs d’une forme nouvelle enrichissant le langage musical, élèvent la chanson profane au rang d’un art véritable, et préparent ainsi l’ère moderne.
Le mouvement musical, créé par les troubadours et trouvères,
influence en Allemagne les Minne-saenger, grands seigneurs spécialisés
dans les chants d’amour, et les Meistersinger, corporation de maîtres
chanteurs qui leur succèdent au XVe siècle.