Instrument de musique à cordes pincées, de longueur décroissante,
tendues perpendiculairement à la table d'harmonie.
La harpe peut être «ouverte» (telles les harpes assyriennes,
égyptiennes ou africaines) ou «fermée» (telle
la harpe occidentale de concert) selon qu'un châssis et une colonne
entourent ou non les cordes.
Différents types de harpes
On distingue schématiquement la harpe arquée (ou cintrée),
dans laquelle la console part du corps et forme avec ce dernier une courbe,
la harpe angulaire, dans laquelle la console et le corps sont à
angle droit et la harpe triangulaire, dans laquelle une troisième
partie, la colonne, fait face à l'angle formé par la console
et consolide l'instrument.
Les harpes arquées sont toujours présentes en Birmanie,
dans certains pays d'Afrique, ainsi que dans certaines régions de
Sibérie et d'Afghanistan.
La harpe d'orchestre moderne, à large cadre, comporte près
de 1 500 pièces. Elle possède une étendue de six octaves
et demie répartie sur quarante-six ou quarante-sept cordes. Les
cordes graves sont en métal recouvert et les cordes aiguës
en boyau ou en nylon. Pour obtenir les notes altérées (dièses
et bémols) situées en dehors de l'échelle à
sept notes de la harpe, l'instrument est doté d'un mécanisme
de pédales à double mouvement. Chacune des sept pédales
correspond aux sept degrés de la gamme, ce qui permet de hausser
les cordes d'un demi-ton ou d'un ton. La harpe est accordée au do
bémol majeur : chaque appui d'un cran sur une pédale élève
la corde correspondante d'un demi-ton (par exemple, de do bémol
à do bécarre)?; un appui de deux crans élève
la corde d'un ton par exemple, de do bémol à do dièse).
Chaque corde permet donc de produire trois notes.
Histoire
Avec le luth, la harpe est l'un des instruments les plus anciens qui
soient. D'abord tenue à la main, ensuite posée sur une table,
puis sur le sol, la harpe cessa progressivement au cours de son histoire
d'être portative, au fur et à mesure que le nombre de ses
cordes augmenta.
Les harpes arquées — les plus anciennes de toutes — étaient
connues à Sumer (Mésopotamie) et en Égypte entre 3000
et 2000 av. J.-C. Les harpes angulaires apparurent un peu plus tard. Dans
l'Ancien Testament, les psaumes de David la mentionnent. Les Grecs et les
Latins lui préférèrent la lyre et la cythare. Les
harpes angulaires jouèrent un rôle important dans la musique
arabe et perse du Moyen Âge, qui s'est jouée en Perse jusqu'au
XIXe siècle.
La harpe triangulaire, presque exclusivement européenne, est
apparue au IXe siècle et a donné naissance à deux
versions différentes : l'une en Irlande et en Écosse et l'autre
dans le reste de l'Europe. Tout comme sa cousine écossaise, la harpe
irlandaise était un instrument puissant, muni d'une caisse de résonance
large et profonde, réalisée dans un seul bloc de bois, d'une
console épaisse et robuste et d'un pilier lourd et incurvé.
Tendue de trente à cinquante cordes de cuivre pincées par
les ongles du harpiste, elle produisait un son vibrant et brillant. Cette
harpe a été utilisée jusque vers 1800.
Dans les autres pays d'Europe, la harpe médiévale était
plus petite et plus légère. Elle comptait entre sept et vingt-cinq
cordes, probablement métalliques, et sa caisse de résonance
était plus étroite et moins profonde. Aux alentours de 1500,
on commença à utiliser les cordes en boyau. Une harpe plus
grande vit le jour. Elle possédait un pilier droit, supportant mieux
la tension des cordes que le léger pilier incurvé. Cette
harpe gothique est l'ancêtre des harpes populaires d'Amérique
latine, de la harpe d'orchestre et de la harpe irlandaise moderne.
La harpe apparut dans l'orchestre pour la première fois avec
l'Orfeo de Monteverdi (1607). Mais le nombre de notes (sept) que pouvait
produire la harpe européenne limitait son usage.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, différents essais
furent donc tentés pour permettre à la harpe de produire
des notes supplémentaires. Au début du XVIIe siècle,
on ajouta une seconde rangée de cordes pour les dièses et
les bémols (harpe chromatique), un mécanisme à crochets
sur la console afin de raccourcir une corde (pour hausser la note) et enfin
des pédales qui firent actionner ces crochets (et plus tard des
disques tournants), au moyen de leviers et de tiges d'acier passant à
l'intérieur du pilier.
Conçue en 1720, la première harpe à pédale
à mouvement unique permettait d'élever la note des cordes
sélectionnées d'un demi-ton, ce qui permettait de jouer dans
de nombreuses clés, mais non dans toutes. Cette dernière
étape fut rendue possible par la harpe à double mouvement,
mise au point en 1810 par Sébastien Érard (1752-1831) à
Paris. La harpe moderne d'orchestre reprend ce système. Si elle
ne dispose pas de véritable répertoire soliste, la harpe
moderne d'orchestre est néanmoins très utilisée dans
la musique moderne et contemporaine.