Gustav MAHLER
(1860-1911)
Compositeur et chef d'orchestre autrichien dont
l'œuvre, en conciliant avec une sensibilité unique le wagnérisme
et la tradition viennoise, ouvrit les portes de la modernité musicale
du XXe siècle.
Gustav Malher naquit le 7 juillet 1860 dans la partie
tchèque de ce qui était encore l'Empire autrichien. Élève
du conservatoire de Vienne, il fut d'abord assistant puis chef d'orchestre
dans diverses villes de province avant d'être nommé directeur
artistique de l'Opéra de Vienne en 1897. Sa renommée internationale
l'amena à diriger dans toute l'Europe et même à New
York en 1911. Marié à l'une des muses de la sécession
viennoise, Alma Schindler, il côtoya toute sa vie le monde artistique
de cette capitale musicale, non sans souffrir de l'antisémitisme
ambiant. Il y mourut à Vienne le 18 mai 1911.
Prolongeant la tradition symphonique de Beethoven et
de Brahms en y insufflant la modernité de Wagner et de Bruckner,
les œuvres purement symphoniques de Malher sont souvent de véritables
récits. Il n'hésita pas à utiliser dans quatre de
ses neuf symphonies et dans le célèbre Chant de la Terre
(1908), des chœurs ou des voix de solistes, pour en accentuer l'aspect
narratif. Sa dixième symphonie resta inachevée.
Grand amoureux des textes et des voix, il composa des
cycles de lieder orchestraux dont le Knaben Wunderhorn (1888) et les Kindertotenlieder
(« Chants des enfants morts », 1902) sont de superbes exemples.
Il écrivit également des lieder pour voix et piano seul.
Comme chez Wagner ou Bruckner, la musique de Malher,
même chantée, donne priorité à l'orchestre.
Moins systématique que Wagner, il a su exploiter les ressources
de chaque instrument, allant jusqu'à utiliser l'harmonium ou la
mandoline. L'orchestration était pour lui un moyen de mettre en
valeur les lignes mélodiques et de les combiner délicatement
dans la plus grande clarté.
Les symphonies de Malher marquent l'apogée du
post romantisme viennois. Divisées en larges mouvements, comme les
chapitres d'un roman, elles durent souvent plus d'une heure et développent
amplement chaque thème musical proposé, contrairement à
ce que faisaient d'autres compositeurs à la même époque
comme, par exemple, Sibelius.
La musique de Malher, fondée sur les innovations
de Wagner, laisse cependant plus de place à la surprise et à
l'accident. Une symphonie peut se terminer dans une clé différente
de celle dans laquelle elle a commencé. Ce sont des constructions
progressives et la musique ne cesse d'y évoluer selon de véritables
parcours psychologiques où Malher fait s'affronter des sentiments
contradictoires, désespoir, optimisme ou ironie! La personnalité
complexe de Malher, analysée par Freud, se reflète dans ce
dialogue perpétuel. La mélancolie de l'adagietto de la cinquième
symphonie, utilisé par Visconti dans son film Mort à Venise,
contraste, par exemple, avec l'énergie du mouvement suivant. Longtemps
méconnue, l'œuvre de Malher est le miroir de la vulnérabilité
humaine.
Vous écoutez : "Symphonie n°1 en ré Majeur - Le Titan",
IVème mouvement.