LA MUSIQUE DRAMATIQUE
 
 
 

L’opéra qui semble né soudainement aux premières années du XVIIe siècle, résulte sans doute d’une lente évolution. Mais si ses divers éléments existent en germe depuis le Moyen Age (Mystère, et plus tard Ballet de cour en France, Sacre Rappresentazioni, Pastorale, Madrigal en Italie), le style musical dramatique et la découverte de l’harmonie au sens moderne du mot n’apparaissent qu’au XVIIe siècle.
 

L’opéra en Italie
 

Ecole florentine

Le cénacle florentin du comte Bardi, mais surtout celui du comte Corsi, où se réunissent poètes et musiciens, préparent la naissance de l’opéra.  VINCENZO GALILEI (1533-1591), père du célèbre astronome, étudie l’art grec, comme l’avaient fait Baïf et les humanistes en France vingt ans plus tôt, et contribue à la création de la musique représentative, c’est-à-dire dramatique. Renonçant à la polyphonie, les chanteurs-compositeurs CACCINI (1545?-l618) et PERI (1561-l633) fixent le nouveau style récitatif, suivant de très près 1es inflexions de la voix. En collaboration avec 1e poète RINUCCINI, Peri donne en l594 la pastorale de Dafne puis en l600, pour le mariage d’Henri IV avec Marie de Médicis, une Euridice fut représentée à Florence. Ainsi l’opéra, drame musical entièrement chanté, avec ses danses, ses airs, ses choeurs, accompagnés par l’orchestre et reliés par des phrases en récitatif, vient de naître. Croyant ressusciter l’art antique, les novateurs florentins ont créé une forme totalement nouvelle, répondant aux aspirations de leur époque, et qui prendra bientôt pour plusieurs siècles, une place primordiale.
Il appartient désormais à Monteverdi de perfectionner ces premières tentatives de drame lyrique et de leur assurer un succès définitif.
 

Ecole vénitienne

CLAUDIO MONTEVERDI, né à Crémone en 1568, meurt à Venise en 1643. Élève d’Ingegneri, maître de chapelle du duc de Mantoue, puis nommé à Saint-Marc de Venise (1613), il compose Orfeo (1607), Ariana (1608), le Retour d’Ulysse (164l), le Couronnement de Poppée (l643) et de nombreux madrigaux.
Fondateur de la tragédie musicale historique, audacieux harmoniste, Monteverdi exprime de façon réaliste et personnelle tous les sentiments humains et accorde à la mélodie et à l’orchestre autant d’expression dramatique qu’à la poésie.  « Il est de la race des coloristes, de Titien et de Gabriel », note Romain Rolland ; et la puissance de son génie le place à la tête des artistes du XVIIe siècle.
Son élève CAVALLI (1602- l676), qui possède le sens du drame, se montre habile homme de théâtre.  D’ailleurs une vie musicale intense règne à Venise à cette époque, et plusieurs théâtres publics consacrés à l’opéra ouvrent leurs portes.
 

Ecole napolitaine

Après Rome - où CESTI (1623- 1669) excelle dans la cantate, sorte de drame sans action, « d’opéra de salon » et vers la fin du XVIIe siècle, Naples brille à son tour d’un vif éclat dans le genre théâtral, grâce à ALESSANDRO SCARLATTI (l659-1725), auteur de cent vingt-cinq opéras, d’environ sept cents cantates et oratorios, de messes, d’ariettes, de madrigaux, d’œuvres instrumentales variées, et qui synthétisent tous les apports antérieurs. Son art en perpétuelle évolution accorde une nette prépondérance à la musique, mais non à la virtuosité et au bel canto - malgré l’emploi de l’aria da capo (air avec reprise) qui met en valeur l’habileté du chanteur. Il attire toutes les faveurs du public, surtout en Allemagne où son prestige se fait longuement sentir.
A sa suite, il faut citer PERGOLÈSE ( 1710-1736) dont la Servante Maîtresse exerce une influence indéniable sur les créateurs de l’opéra-comique.
 

L’opéra en France
 

Les précurseurs

Tandis que l’Italie poursuit fiévreusement ses tentatives de drame lyrique, la France, depuis le XVe siècle, prend le plus grand plaisir aux fêtes luxueuses, aux spectacles brillants (cortèges de chars, défilés, arrivées de souverains), mais surtout à la danse intercalée dans les divertissements (entremets à la cour de Bourgogne, mascarades et tournois). Sous l’influence des guerres d’Italie - auxquelles prennent part Charles VIII, Louis XII et François Ier - ce genre évolue et s’enrichit notablement. Poètes français et chorégraphes italiens s’accordent pour lui donner une action dramatique suivie, exprimée par un texte chanté accompagné par l’orchestre, et entrecoupé de danses qui participent au spectacle. Une mise en scène somptueuse comprenant plusieurs entrées et même des machines (décors animés), rehausse le faste des représentations. Cette forme musicale en partie dansée prend le nom de ballet de cour. sorte d’opéra-ballet ou de comédie-ballet. Le plus connu, le Ballet Comique de la Reine imaginé en 1581 par BALTASARINI dit BEAUJOYEUX, pour les noces du duc de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine, sœur de la reine, comprend une ouverture, des récits, des airs, des chœurs, de la danse, par conséquent tous les éléments du drame lyrique. Mais il faut attendre la venue au pouvoir de Mazarin, pour que s’introduise en France l’opéra italien et ses récitatifs, forme d’art déjà cohérente.
Parallèlement à cette évolution, la polyphonie elle-même tend à disparaître au profit de la monodie. Afin de mieux comprendre le texte, seule, la voix supérieure exécute la mélodie que les autres parties soutiennent. A l’écriture contrapuntique accordant à toutes les voix une égale importance, se substitue peu à peu l’harmonie caractérisée par l’accompagnement en accords. Ainsi se forme l’air de cour d’allure savante, opposé à la chanson populaire, moins raffinée. PIERRE GUÉDRON (1565?-1625), qui semble tout ignorer des recherches italiennes de déclamation notée et son gendre ANTOINE BOESSET (1587?-1643), illustrent particulièrement cette forme.
Encouragées par le tout-puissant Mazarin, des troupes italiennes viennent donner à Paris des représentations d’opéras. En 1647 , l’Orfeo de LUIGI ROSSI - l’un des maîtres de la cantate - obtient un succès retentissant, mais le ballet reste en faveur à la cour, car il permet au jeune Louis XIV d’y manifester son ta1ent de danseur.  Cependant le poète PERRIN (1620?-1675) et l’organiste CAMBERT ( 1628- 1677) écrivent en collaboration une Pastorale (1659), suite d’airs agrémentés de ritournelles, jouée à Issy près de Paris, puis devant la cour à Vincennes par une troupe d’ amateurs, et qui produit un effet considérable.  L’année suivante, pour célébrer le mariage du roi, CAVALLI (1602- 1676) fait représenter son Xerse accommodé au goût parisien par l’insertion d’un ballet de LULLY entre chaque acte, et l’apparition de Louis XIV en Soleil, dans le ballet final.  Toutefois, le 28 juin 1669, Perrin obtient, grâce à l’appui de Colbert, le privi1ège d établir à Paris une Académie Royale de Musique. Il inaugure la salle en mars 1671 avec Pomone, pastorale en cinq actes et un prologue, musique de Cambert, qui dirige l’orchestre. Cet essai, accueilli avec succès, marque la naissance de l’opéra français. De mauvaises affaires obligent Perrin à céder son privilège à Lully, alors surintendant de la musique du Roi.
 
L’opéra en Angleterre
 
A cette époque, l’Angleterre possède le plus grand musicien de toute son histoire : l’organiste HENRY PURCELL (1658-1695). Influencé par les Italiens auxquels il emprunte l’usage de la basse obstinée, et par les œuvres chorales des Français, il garde pourtant sa personnalité formée de puissance, d’audace, d’élégance (Didon et Enée).

L’opéra en Allemagne

L’opéra italien, dont le rayonnement s’étend rapidement sur toute l’Europe, tente de s’implanter en Allemagne. Mais les compositeurs germains accordent peu d’intérêt à ce genre profane. SCHÜTZ, cependant, tente un essai sans lendemain qui n'apporte rien de nouveau. Après 1678 seulement, l’opéra devient à Hambourg un genre national, en langue allemande, mais il tombe vite dans la trivialité et s’apparente plus aux jeux du cirque qu’à un spectacle véritablement artistique.