LES FORMES INSTRUMENTALES
AUX XVIIe et XVIIIe siècles
 
 

En même temps que se créent de nouveaux genres lyriques, une évolution des formes de la musique instrumentale se dessine. Devenue indépendante, celle-ci acquiert une force et une originalité qui vont lui conférer une place de choix dans la vie artistique.
 

La fugue

Issue de l’imitation et du canon, la fugue, dernière et parfaite incarnation de l’art polyphonique, se construit sur un seul thème appelé sujet qui se fait entendre d’abord seul, ensuite à la dominante (réponse) accompagné d’une idée accessoire (contre-sujet). Lorsque le thème a été entendu successivement à toutes les parties, l’exposition de la fugue est terminée. Suit un développement central bâti sur le sujet, entier ou tragmenté, modulant aux tons voisins. Une partie terminale (strette) amalgame les principaux éléments en un tissu contrapuntique de plus en plus serré avec entrées très proches du thème.
 

La suite

Transcription instrumentale des œuvres vocales du Moyen-Age, la suite se présente comme une succession de danses, telles que la courante, la pavane, la gaillarde, le menuet, le passe-pied, la chaconne, la sarabande, la sicilienne, l’allemande, le rigaudon.  Mouvements vifs et mouvements lents dans le même ton alternent. D’une structure simple, bâtie sur un seul thème, chaque pièce est généralement de forme binaire . la première partie aboutit au ton de la dominante, la seconde ramène le ton de la tonique.
En plein épanouissement au XVIIe siècle et dans la première moitié du XVIIIe, au moment de la vogue du clavecin (Rameau, J.-S. Bach...), la suite, disparaît peu à peu vers le milieu du XVIIIe siècle, alors que se précise l’architecture de la sonate bithématique.
 

La sonate

Monothématique durant la première moitié du XVIIIe siècle, la sonate ne se différencie guère alors de la suite ; elle en garde l’alternance des morceaux, pour lesquels une indication de mouvement se substitue dans le titre au nom de la danse. Peu à peu, cette forme de musique pure s’éloigne de la suite, devient plus abstraite et comprend, trois ou quatre parties de coupe ternaire : Allegro, Andante ou Adagio, Menuet ou Scherzo, Finale, destinées à un instrument à clavier auquel s’adjoint parfois un autre instrument. Le premier mouvement édifié d’après un plan très précis (forme Sonate), comporte une exposition de deux thèmes contrastés, leur développement, leur réexposition et une conclusion appelée coda. Cette construction obéit à des règles tonales et architecturales très strictes qui n’entravent pourtant en aucune façon la liberté d’inspiration des compositeurs. Haydn, Mozart et Beethoven ont à l’époque classique, donné les exemples les plus parfaits de cette forme.
 

Le concerto

Le concerto grosso destiné à un groupe d’instruments solistes (concertino) dialoguant avec le reste de l’orchestre, obtient un grand succès dans la première moitié du XVIIIe siècle (Corelli, J.-S. Bach, Haendel).
Destiné à mettre en valeur la virtuosité d’un soliste qui s’oppose à l’orchestre, le concerto, très en faveur dès le XVIIe siècle, présente le même plan que la Sonate. Sa vogue persiste encore.
 

La symphonie

Sonate pour orchestre, la symphonie classique, définitivement constituée au XVIIIe siècle par STAMITZ (1717-1757), en Allemagne, puis GOSSEC (1734-1829), en France, accorde à tous les instruments une égale importance. Ici encore nous retrouverons surtout les noms des grands classiques de la fin du XVIIIe siècle : Haydn, Mozart, Beethoven.
 

L’ouverture

Préface orchestrale d’un ouvrage lyrique dès la naissance de l’opéra, l’ouverture, depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, se présente sous deux aspects : ouverture à la française (allegro fugué encadré par deux mouvements lents), ouverture à l’italienne (deux parties rapides séparées par un mouvement lent). Avec Rameau, puis Gluck, sa forme devient plus libre et le lien qui l’unit à la partition se resserre. A la fin du siècle, elle prend la structure du premier mouvement de sonate. D’autre part, à partir de Beethoven (Egmont, Coriolan) les compositeurs la concevront parfois comme une oeuvre indépendante, résumant une action dramatique et non suivie de scènes lyriques. Elle prépare alors la voie au poème symphonique.
 

La musique de chambre

Destinée à un soliste ou à un petit groupe, variable en nombre, d’instrumentistes jouant ensemble, la musique de chambre, comme toutes les formes instrumentales, a son origine dans les transcriptions d’œuvres vocales. Depuis l’époque classique elle a adopté le plus souvent la structure de la sonate.