L'APOGEE DE L'ART CLASSIQUE
 
 

Très varié d’aspects, extrêmement riche et fécond, le XVIIIe siècle voit l’épanouissement de l’art classique qui atteint alors son plus haut degré de perfection. Le drame lyrique italien imprègne toute la musique européenne, et impose un style uniforme aux genres instrumental et religieux. Celui-ci perd tout caractère liturgique et devient extérieur et théâtral.
Six grands musiciens synthétisent l’art de cette époque : RAMEAU et GLUCK en France, HAENDEL et BACH en Allemagne, HAYDN et MOZART en Autriche. Un genre nouveau apparaît : l’opéra-comique, dont le succès ira grandissant.
 

La musique dramatique en France

L’opéra

DE LULLY A RAMEAU

De la mort de Lully - qui marque un ralentissement dans la production lyrique - jusqu’à l’avènement de Rameau, quelques musiciens maintiennent toutefois le prestige de la scène française. MARC-ANTOINE CHARPENTIER (1634-1704), compositeur de grande valeur étouffé par la dictature de Lully, malgré des qualités dramatiques certaines s’oriente vers la musique religieuse. CAMPRA (1660-1744), créateur de l’opéra-ballet, unit avec aisance les goûts italiens et français. DESTOUCHES (1672-1749), connaît le succès avec son opéra d’Issé. Par la nouveauté de son harmonie, il prépare la voie à Rameau.
 

L’opéra-comique et l’opéra bouffe

D’origine populaire, l’opéra-comique - issu en partie comme le drame lyrique des Mystères du Moyen Age - naît à Paris au XVIIIe siècle dans les foires Saint-Laurent et Saint-Germain.  Les spectacles forains, caractérisés par l’alternance du parlé et du chanté, comprennent des parodies d’opéras, et des vaudevilles, mélodies populaires connues dont l’abondante diversité satisfait à toutes les situations. Plus tard quelques musiciens dont JEAN-CLAUDE GILLIERS (1667- 1737), compositeur attitré de la Comédie-Française, et JOSEPH MOURET (1682-1738), surnommé le « musicien des grâces », écrivent de brèves ariettes originales destinées à remplacer les vaudevilles.  De nombreux démêlés comp1iquent la tache des acteurs : Lully, fort de son privilège de l’Académie Royale de Musique leur défend de chanter et d’utiliser plus de quatre violons et un hautbois ; héritière de la Comédie-Italienne supprimée en 1697 , la Comédie-Française leur interdit tout spectacle comportant des dialogues. Ingénieux, ils y suppléent par des écriteaux descendant du cintre au moment voulu, par des pantomimes coupées de chansons exécutées par le public, les acteurs faisant les gestes.
Enfin, le Théâtre de la Foire obtient, en 1716, la levée de toutes les interdictions, et peut représenter alors des pièces comportant des chants, des danses, des parties instrumentales, appelées bientôt opéras-comiques. Cependant jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, la musique n’occupe dans ces farces plus ou moins grossières, qu’une place assez restreinte, et l’intérêt réside surtout dans les textes de Lesage ou de Piron.
Vers la même époque, en Italie, l’usage veut que des intermèdes comiques s’intercalent entre les actes de l’opéra, rompant ainsi la solennité du spectacle. Bientôt ces intermèdes, représentés seuls, se développent et constituent l’opéra bouffe auquel ALESSANORO SCARLATTI (1659- 1725), FRANCESCO DURANTE (1684-1755), LEONARDO VINCI (1690-1730), PERGOLÈSE (1710- 1736) donnent une forme définitive.
Apparenté par sa coupe à l’opera seria, l’opera buffa s’en différencie par le choix des sujets très simples, empruntés au milieu bourgeois ou paysan, par le nombre des personnages réduit à trois ou quatre, dont un personnage bouffon, par le style plein de vie et d’entrain. Contrairement à l’opéra-comique, l’opéra bouffe n’admet pas le parlé.  La représentation à l’Opéra, en 1752, de la Servante Maîtresse de Pergolèse, jouée par une troupe italienne, obtient un succès triomphal et déchaîne la Querelle des Bouffons entre les partisans de la musique française et ceux de la musique italienne.  La famille royale, les écrivains entrent dans le conflit. JEAN-JACQUES ROUSSEAU (1712-1778), fervent partisan des Italiens, écrit une pastorale, le Devin du Village (1752), accueillie avec faveur, et publie sa Lettre sur la Musique française (1753), dans laquelle il constate que notre langue est peu propre à la poésie, et point du tout à la musique. D’aussi partiales affirmations provoquent de vives réactions de la part des vrais musiciens, notamment de Rameau, alors chef de l’école française.  Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’opéra-comique, perdant peu à peu le caractère de pièce à vaudevilles et à ariettes, acquiert sa forme définitive, et toute une lignée de musiciens illustre cette nouvelle conception théâtrale de plus en plus appréciée du public.
Un des premiers, le Napolitain DUNI (1709-1775), qui après de brillants succès en Italie se fixe en France, écrit de véritables comédies lyriques.
Puis MONSIGNY (1729- 1817) considéré avec Philidor et Grétry comme l’un des créateurs du genre, auteur des Aveux Indiscrets (1769), de Rose et Colas (1764), du Déserteur (1769), trouve en Sedaine un excellent librettiste, et montre dans ses oeuvres une fraîcheur et une spontanéité qui font oublier son insuffisance technique.
PHILIDOR (1726-1795), plus connu d’abord comme joueur d’échecs que comme musicien, triomphe à l’Opéra-Comique, grâce à son sens de la scène et à sa maîtrise, avec Blaise le Savetier (1759), le Jardinier et son Seigneur (1761), Tom Jones (1765).
GRÉTRY (1741-1813), le théoricien du groupe, publie en 1795 trois volumes de Mémoires ou Essais sur la Musique, pleins d’idées originales et neuves. Ses œuvres : le Huron (1768), le Tableau parlant (1769), les Deux Avares (1770), l’Amant jaloux (1778), Richard Coeur de Lion (1784), traduisent ses évidentes qualités théâtrales, et contiennent quelques pages sensibles encore chantées de nos jours.
DALAYRAC (1753- 1809) compose, en vingt-cinq ans, soixante et une œuvres dramatiques dont Nina ou la Folle par Amour ( 1786) reste la plus connue.
 

L’art allemand

Tandis qu’en France, Rameau et Gluck réformant l’opéra créent les modèles du genre, l’Allemagne, austère et rigide, apporte tous ses soins à la musique religieuse. Les œuvres profanes elles-mêmes possèdent ce sérieux et ce génie de la construction grandiose, abstraite, sévère, et un peu mathématique, qui caractérisent l’esprit germanique.
 

Les précurseurs de Bach

Après SCHÜTZ, une série de compositeurs plus ou moins originaux apporte sa contribution à la formation d’un art allemand : BUXTEHUDE (1637-1707), PACHELBEL (1653-1706), KUHNAU (1660-1722), prédécesseur de Bach à Saint-Thomas de Leipzig, HEINRICH BACH  (1615-1703) et ses deux fils, JOHANN-CHRISTOPH (1642-l703) et JOHANN-MICHAEL (1648-1694), oncles de Jean-Sébastien.
 

Contemporains et successeurs de Bach et Maendel

Sans atteindre à la puissance de leurs illustres rivaux, quelques compositeurs jouissent au XVIIIe siècle d’une grande notoriété. Citons JOHANN MATTHESON (1681-1764), TELEMAN (1681-1767), et quatre des fils du grand Jean-Sébastien Bach - génie musical unique dans l’histoire -, qui prolongent la chaîne d’artistes dont ils sont issus :
WILHELM FRIEDMANN (1710-1784), très doué mais qui mène une vie désordonnée ; KARL PHILIPP EMANUEL (1714-1788), considéré comme l’un des créateurs de la sonate classique ; JOHANN CHRISTOPH (1732-1795), surtout compositeur d’opéras ; JOHANN CHRISTIAN (1735-1782), qui introduit en Angleterre l’art italien.
 

L’art en Autriche

Trait d’union entre le Nord et le Sud, lieu de passage d’Allemagne en Italie, l’Autriche, par sa situation géographique, voit converger vers elle tous les grands courants intellectuels et artistiques.  Il n’est donc pas surprenant que deux de ses meilleurs musiciens, HAYDN et MOZART, qui y voient le jour au XVIIIe siècle, tempèrent l’austérité et le sérieux germaniques par le brillant et le charme de l’art italien particulièrement cher à la société viennoise du temps. Mais tandis que Haydn semble clore son époque, Mozart annonce la grande floraison romantique du XIXe siècle.