La musique dans la vie grecque
Profondément influencée par l’Orient, la musique se présente
d’abord en Grèce sous la forme vocale, puis instrumentale. Institution
d’Etat, elle joue un rôle extrêmement important dans la vie
publique et privée. Mariages, funérailles, cérémonies
religieuses, banquets, concours d’athlètes, réjouissances
nationales de tous genres, citadines et rurales, s’accompagnent de manifestations
musicales. Un tel déploiement artistique ne peut être
souhaité et apprécié que par un public éclairé.
A cause de leur valeur morale et esthétique reconnue, musique et
poésie, intimement liées et souvent unies à la danse,
occupent une très grande place dans les programmes éducatifs
dès les premières années de scolarité. Et les
artistes, largement rémunérés, jouissent d’une haute
considération populaire et aristocratique.
Ce privilège ‘de la musique subsiste encore pendant les
deux premiers siècles de l’Empire romain. Malheureusement la civilisation
antique tombe en décadence, et le goût des arts s’altère
peu à peu avec sa ruine.
La théorie
Des traités qui nous sont parvenus, de l’interprétation
des textes littéraires, de quelques fragments de compositions musicales
récemment mis au jour, de rares vestiges d’instruments, de l’analyse
des monuments antiques, les historiens ont dégagé les principes
de l’esthétique grecque.
La mélodie
L’élément fondamental de la gamme grecque, le tétracorde, comprend un ensemble de quatre notes en mouvement descendant, séparées par trois degrés dont les extrêmes, fixes, donnent l’intervalle de quarte juste.
La succession de deux tétracordes conjoints donne une étendue
mélodique sensiblement égale à notre octave.
De l'altération des sons intermédiaires naissent
les trois genres en usage :
.
Selon la note prise comme point de départ - et par conséquent
suivant la composition des tétracordes - on obtient sept gammes
ou modes : dorien (centre du système grec), phrygien, lydien, mixolydien,
hypodorien, hypophrygien, hypolydien, auxquels sont attachées des
significations expressives différentes. Ainsi le mode dorien, le
plus connu, donne force et courage, tandis que le phrygien excite et enflamme
les esprits.
Des intervalles inférieurs au demi-ton (quart de ton) s’exécutent
couramment dans la musique vocale et instrumentale, qui reste essentiellement
homophone, c’est-à-dire à une seule partie.
Le rythme
Il représente un élément très important
dans la musique antique, et intensifie les accents mélo-diques.
La phrase s’ accompagne toujours d’un mouvement corporel régulier
qui la scande. Le frappement du pied ou des mains constitue le moyen le
plus simple et le plus habituel. Peu à peu les instruments à
percussion s’y adjoignent. Poésie et musique sont étroitement
liées et le rythme de la mélodie est la projection du mètre
poétique. Voici quelques exemples de formules rythmiques :
.
La notation
Deux systèmes s’emploient indifféremment : l’un composé
de signes spéciaux au nombre de seize, l’autre constitué
par les vingt-quatre lettres de l’alphabet ionien. Le premier s’utilise
pour le chant, et le second pour l’accompagnement lorsqu’on note à
la fois une partie vocale et une partie instrumentale. Un ensemble de signes
de durée, placés également au-dessus des syllabes
correspondantes, complète cette notation. Ainsi :
.
Les instruments
Comme de nos jours, les instruments s’employaient en Grèce isolément
ou en groupes, soit dans des concerts de musique instrumentale, soit comme
soutien d’œuvres vocales.
D’après les documents (monuments et textes) qui restent de cette
époque, nous savons que deux instruments dominent toute la musique
grecque : la lyre, sorte de harpe
à cordes verticales égales qui se perfectionne et dont la
cithare dérive ; l’aulos, apparenté
à la famille de la clarinette, mais comportant deux tuyaux ou chalumeaux.
Des concours qui attirent de nombreux auditeurs mettent en compétition
les meilleurs virtuoses.
Instruments à cordes
Outre la lyre, il faut citer la harpe, à cordes obliques et d’inégale longueur appartenant au groupe des psaltérions, et les instruments du genre luth, première ébauche de la mandoline.
Instruments à vent
Plusieurs de ces instruments font partie de la famille de l’aulos. L’ancêtre
de nos flûtes, la syrinx (flûte
de Pan) est d’un usage courant. Les Grecs utilisaient aussi une sorte
d’orgue, d’abord hydraulique puis pneumatique,
qui perfectionné, deviendra l’instrument caractéristique
du Moyen Age chrétien.
Instruments à percussion
Tambourins, cymbales, sistres, crotales (sortes de castagnettes) trouvent
aussi leur emploi dans la Grèce antique.
Les Formes
Toujours présente dans les manifestations artistiques, sous sa
forme pure ou comme illustration d’un texte poétique ou d’un argument
dansé, la musique tient une place enviable dans la tragédie,
production la plus évoluée du génie grec en ce domaine.
Primitivement la partie lyrique comporte à peu près uniquement
des déclamations du chœur, rythmées par l’aulos. Puis elle
croît en importance et bientôt apparaissent un prélude,
des airs, parfois des interludes instrumentaux, tandis que les chœurs perdent
en intérêt. Comédie et drame satirique suivent le même
plan et leur origine remonte aux Dionysiaques d’Athènes. D’autres
genres, moins développés, les Thrènes (chants de deuil),
les Péans (chants de joie), les Nomes (chants religieux), le dithyrambe
atteignent une perfection certaine.
Théoriciens et musiciens
Des noms célèbres illustrent les différents
genres poétiques et musicaux : Pindare pour l’ ode ; Eschyle, Sophocle,
Euripide pou r la tragédie et la satire ; Aristophane pour la comédie,
Aristoxène de Tarente, auteur du plus ancien traité de musique
connu ; Phytagore, créateur de l’acoustique.
NB : Vous écoutez "Poem. Moe 1,11f. Migne 37,523" de Grigorios Nazianzenos. - Editions "harmania mundi France"