Particulièrement riche et brillant au XIXe siècle, l’art dramatique allemand réformé par Wagner - l’une des plus puissantes expressions du génie germanique - voit sa suprématie s’affirmer avec éclat, et son rayonnement marquer sensiblement toute la musique européenne.
Musiciens autrichiens
ANTON BRUCKNER (1824-1896) et GUSTAV
MAHLER (1860-1911), s’inspirant des conceptions wagnériennes,
mais sans avoir le génie de leur modèle, donnent libre cours
à leur goût du colossal.
Ecole italienne
Pendant qu’en Allemagne, Wagner opère
une transformation profonde du drame musical, l’Italie, berceau de l’opéra,
maintient les traditions de forme et de style avec Verdi.
Né en 1813, la même année que son rival allemand,
et mort à Milan en 1901, GIUSEPPE VERDI,
joué à Paris et dans toute l’Italie, connaît le succès
et la gloire avec Rigoletto (1851), d’après Le Roi s’amuse de Victor
Hugo, le Trouvère et la Traviata (1853), inspirée de La Dame
aux Camélias d’Alexandre Dumas fils. Changeant ensuite sa manière,
afin d’élever son idéal dramatique, s’inspirant de l’opéra
français et de l’orchestration wagnérienne, il donne Aïda
(1871), Otello (1887), Falstaff (1893). Soucieux des effets pathétiques,
à la manière de Meyerbeer,
Verdi, artiste d’une extraordinaire souplesse,
garde cependant sa personnalité faite de charme, de sincérité,
d’esprit.
La recherche des grands effets faciles, des coups de théâtre
et de la violence expressive au détriment de la mélodie et
du lyrisme aboutissent à la formation d’une école «
vériste », représentée par LEONCAVALLO
(1858-1919), auteur de Paillasse (1892) ; PUCCINI
(1858-1924) qui écrit Manon Lescaut (1893), La Bohème ( 1896),
La Tosca (1900), Madame Butterfly (1904) ; et MASCAGNI
(l863-1945), dont Cavalleria Rusticana date de 1890.
Une réaction contre le vérisme et un renouveau de la
musique instrumentale, négligée en Italie depuis plus d’un
siècle, se dessinent avec RESPIGHI
(1879-1936), PIZETTI né en 1880, MALIPIERO
né en 1882, et CASELLA (1883-1947).
École espagnole
Pays de vieille civilisation, l’Espagne qui occupe une place secondaire
au temps de l’italianisme, retrouve son éclat dans la seconde moitié
du XIXe siècle. Inspiré par le folklore (flamenco, jota,
malaguena, fandango), et par la danse (seguedille, tango, habanera, bolero),
imprégné d’influence mauresque, l’art espagnol - l’un des
plus originaux - retrouve, avec la « zarzuela », sorte d’opéra-comique,
et la chanson populaire, un caractère national. FELIP PEDRELL (1841-1922),
musicologue et compositeur, se montre le promoteur de ce renouveau.
ISAAC ALBENIZ (1860-1909), élève
de Liszt, fait preuve dans ses œuvres
pianistiques, orchestrales ou vocales (Cordoba, Iberia, 1906- 1908, plusieurs
zarzuelas) d’une prodigieuse invention mélodique et rythmique, et
d’une technique bien personnelle. ENRIQUE
GRANADOS (1868-1916), poète raffiné, traduit l’âme
voluptueuse et tragique de son pays, dans ses Goyescas, ses Danses Espagnoles
et ses zarzuelas. La jeune école ibérique connaît
quelques grands artistes : MANUEL DE FALLA
(1876-1946) auquel nous devons Sept Chansons Espagnoles, La Vie Brève,
Nuit dans les Jardins d’Espagne, L’Amour Sorcier (1915), d’une perfection
classique et élégante ; JOAQUIN
TURINA apprécié pour son œuvre pianistique.
École tchèque
Avec La Fiancée Vendue (1867), FRÉDÉRIC
SMETANA (1824-1884), fondateur de l’école nationale tchèque,
donne une œuvre alerte et brillante. Son compatriote, DVORAK
(1841-1904), puise surtout aux sources populaires.
École scandinave
Dans l’histoire de la musique au XIXe siècle, la Norvège
tient une place honorable avec EDWARD GRIEG
(1843-1907), auteur de Peer Gynt et de Danses Norvégiennes inspirées
par le folklore. La Finlande possède en JEAN
SIBELIUS (1865- 1957), son plus grand musicien, célèbre
par La Valse triste, l’un des initiateurs d’un art national.
École russe
Au XIXe siècle, la musique russe, liée au mouvement littéraire
d’où émergent Gogol, Pouchkine, Tourgueniev, Tolstoï,
Dostoïewsky, se révèle tout à coup. Le premier,
GLINKA (1804-1857) avec son opéra
La Vie pour le Tsar ( 1836), cherche à se libérer de l’influence
franco-allemande alors toute-puissante, et s’attache aux traditions populaires
russes. Mais son second ouvrage Rousslan et Ludmilla (1842), n’atteint
pas le grand public.
Parallèlement à Wagner,
DARGOMIJSKY (1813-1869), tend à réformer l’opéra,
et écrit en ce sens Roussalka (1856).
Les efforts de ces premiers compositeurs aboutissent vers cette époque
à la constitution du groupe des CINQ qui souhaite donner à
la musique russe un caractère national et comprend : Cui, Balakirev,
Borodine, Rimsky-Korsakov,
Moussorgsky.
CÉSAR CUI (1835-1918), ingénieur militaire, montre plus
de goût pour 1a musique vocale que pour les œuvres instrumentales.
Il compose pour le théâtre et écrit des mélodies.
MILI BALAKIREV (1837-1910), fondateur
du groupe, s’inspire de la chanson populaire qu’il revêt d’harmonies
étincelantes. De ses œuvres, peu nombreuses, se détachent
son poème symphonique, Thamar, somptueux tableau coloré et
vivant, et sa célèbre fantaisie orientale pour piano, Islamey.
Professeur de chimie à l’Académie de Saint-pétersbourg,
ALEXANDRE BORODINE (1834-1887), excellent
symphoniste, a peu produit (Dans les Steppes de l’Asie Centrale, Le Prince
Igor, deux symphonies).
Ancien officier de Marine, NICOLAS RIMSKY-KORSAKOV
(1844-1908), fait preuve d’une riche inspiration et d’une grande maîtrise
technique. Son œuvre considérable comprend, outre des mélodies
et de la musique de chambre, des opéras : Snégourotchka (1882),
Le Coq d’Or (1905); des poèmes symphoniques : Antar (1874, remanié
en 1893), Le Capriccio Espagnol (1887), Shéhérazade (1888),
La Grande Pâque Russe (1888). Il a écrit également
un Traité d’Orchestration.
MODESTE MOUSSORGSKY (1839-1881),
semble le mieux doué des cinq. Si sa science musicale laisse parfois
à désirer, son intuition le guide. Réalisateur d’un
art national qui reflète l’âme de son pays, il n’éprouve
aucun attrait pour la musique pure. Dans les Tableaux d’une Exposition
(1874) ; dans ses poèmes symphoniques : Une Nuit sur le Mont-Chauve,
Les Chants et Danses de la Mort (1875), Hopack, dans son recueil
de lieder. La Chambre d’Enfants (1868-1870); dans son opéra Boris
Godounov (1868-1872), il exprime puissamment toutes les formes de lavie.
Son contemporain PIERRE ILITCH TCHAIKOWSKY
(1840-1893), moins russe et assez inégal, s’inspire de Berlioz
et de Schumann.
ALEXANDRE GLAZOUNOV (l865-l936)
se maintient dans la ligne des Cinq. SERGE
RACHMANINOV (l873-l943), ALEXANDRE SCRIABINE (l872-l915), et surtout
SERGE PROKOFIEV (l89l-l953) s’ouvrent
plus largement à l’influence occidentale.
Né en l882, IGOR STRAVINSKY
qui fut élève de Rimsky-Korsakov,
s’en tient d’abord à des partitions d’esprit traditionnel russe,
qu’il vivifie par des audaces techniques. Son instinct rythmique lui assure
une particulière réussite dans la chorégraphie avec
L’Oiseau de Feu (1910), Petrouchka (1911), Le Sacre du Printemps (1913).
Cette dernière œuvre marque une rupture totale avec le passé
et ouvre des perspectives nouvelles. Depuis les années 1925-1930,
Stravinsky s’oriente vers un dépouillement de la pensée qui
s’oppose par sa sobriété un peu froide à la rutilance
et à l’exubérance de sa première manière (OEdipus-Rex,
1927. Symphonie des Psaumes, 1930. The Rake’s Progress, 1951. Agon, 1957.
Threni, 1958).